Cinq millions de robots industriels en service : l’automatisation accélère, mais la Chine creuse l’écart


En 2025, les usines du monde entier ont installé plus de 600 000 robots industriels, portant le stock opérationnel à cinq millions d’unités, selon le dernier rapport de l’International Federation of Robotics (IFR). Une progression de 9 % en un an, tirée par une demande soutenue en Asie et en Amérique du Nord. Pourtant, derrière ces chiffres se cache une réalité moins égalitaire : la Chine représente à elle seule 59 % des installations annuelles, soit 354 000 robots en 2025, un record absolu.
La domination chinoise ne se dément pas. En 2025, le pays a installé 20 % de robots en plus qu’en 2024, dépassant largement les prévisions. Résultat : 55 % des robots vendus en Chine en 2025 étaient fabriqués localement, contre 57 % en 2024. Une performance qui illustre la stratégie agressive de Pékin pour réduire sa dépendance aux fournisseurs étrangers, notamment dans les secteurs clés comme l’électronique et l’automobile.
De son côté, les États-Unis ont dépassé le Japon pour devenir le deuxième marché mondial, avec 38 500 installations en 2025 (+12 %). Une progression notable, mais qui reste modeste comparée à l’Asie. L’Europe, quant à elle, affiche une croissance plus lente, avec une densité robotique de 267 robots pour 10 000 employés dans l’industrie, loin derrière la Corée du Sud (1 012 robots) ou Singapour (730 robots).
Si l’industrie automobile reste le premier secteur utilisateur (13 500 installations aux États-Unis en 2025), d’autres branches tirent désormais leur épingle du jeu. La food industry a enregistré une hausse de 30 % de ses installations, tandis que les secteurs de la métallurgie, de la mécanique et de l’électronique ont chacun dépassé les 3 000 unités. Une diversification qui reflète l’élargissement des applications robotisées, notamment grâce aux progrès en vision par ordinateur et en IA embarquée.
L’IFR table sur une nouvelle hausse de 9 % des installations en 2026, avec un total de 655 000 robots installés. À l’horizon 2029, ce chiffre pourrait atteindre 806 000 unités par an. Pourtant, les disparités régionales persistent : la Chine devrait représenter plus de 60 % des installations mondiales, tandis que l’Europe et l’Amérique du Nord devront composer avec des coûts énergétiques élevés et des pénuries de main-d’œuvre qualifiée.
La course à la relocalisation industrielle, notamment aux États-Unis et en Europe, se heurte à un paradoxe : les usines occidentales dépendent encore massivement des composants chinois. En août 2026, des entrepreneurs américains se rendaient encore en masse à Shenzhen pour s’approvisionner en servomoteurs, capteurs et contrôleurs, avant de rapatrier ces pièces… dans des valises. Une dépendance qui pose question alors que les tensions géopolitiques s’intensifient.
Pour les industriels, l’équation est claire : investir dans l’automatisation oui, mais en réduisant les risques de rupture d’approvisionnement. Les robots locaux, comme ceux développés par Unitree ou Zhiyuan, commencent à émerger, mais leur part de marché reste marginale face à la domination asiatique.
Alors que les robots quittent les cages des usines pour investir les entrepôts, les hôpitaux ou les restaurants, les échecs de déploiement se multiplient. 30 % des projets robotiques échouent en raison d’une mauvaise évaluation des risques ou d’une sous-estimation des coûts d’intégration, selon une étude citée par l’IEEE RAS. Dans le domaine médical, par exemple, un robot assistant en chirurgie peut réduire les pertes de sang, mais les résultats à long terme dépendent autant du patient que du chirurgien.
En 2026, l’enjeu n’est plus seulement technique, mais organisationnel : comment former les opérateurs, adapter les processus et justifier les investissements face à des actionnaires de plus en plus exigeants ?
Source : [ifr.org](https://ifr.org/ifr-press-releases/news/record-pace-of-global-robot-adoption/), [ieee-ras.org](https://www.ieee-ras.org/robots-in-society-business-and-culture-september-2026/)