Comment un barbier de San José forme des robots à couper les cheveux avec des caméras portées


Taiyadi « Magic » Day, un barbier de San José depuis plus de 30 ans, porte désormais cinq caméras sur son corps : une sur la tête, une sur la poitrine et deux aux poignets, le tout relié à un sac à dos léger contenant l’électronique de capture. Ces images, synchronisées en temps réel, ne servent pas à documenter ses prestations pour les réseaux sociaux, mais à alimenter Instacore, le système d’Instawork Robotics Lab conçu pour entraîner des robots à reproduire des tâches manuelles complexes.
Le système Instacore ne se contente pas d’enregistrer des vidéos : il capture des données multimodales structurées pour être directement exploitables par des algorithmes d’apprentissage. Voici comment cela fonctionne :
Le tout est synchronisé via des capteurs inertiels (IMU) intégrés, qui corrigent les artefacts de mouvement et garantissent une précision au millimètre près. Le résultat ? Une base de données de gestes humains annotés, où chaque séquence vidéo est associée à des métadonnées comme la vitesse, l’accélération et la force appliquée.
Un robot qui coupe les cheveux doit résoudre plusieurs défis techniques, souvent sous-estimés :
Taiyadi Day, qui a coupé les cheveux des joueurs des 49ers de San Francisco, résume l’enjeu : « Un coiffeur ne travaille pas que ses ciseaux. Il lit le langage corporel, écoute les silences, et ajuste son geste en conséquence. » Ces nuances, bien que subtiles, sont aujourd’hui au cœur des recherches en robotique physique et en IA embarquée.
Le manque de données réelles (et non simulées) est l’un des goulots d’étranglement majeurs pour entraîner des robots capables d’opérer dans des environnements non contrôlés. Selon les projections d’Instawork Robotics Lab, l’industrie a collecté environ 1 million d’heures de données robotiques en 2025, un chiffre qui devrait atteindre 20 millions d’heures en 2026. Pourtant, les chercheurs estiment qu’il en faudrait 500 millions pour couvrir l’ensemble des tâches manuelles courantes.
Instacore vise précisément à combler ce fossé en s’appuyant sur la main-d’œuvre existante d’Instawork, une plateforme qui compte 10 millions de travailleurs indépendants (Pros) dans des secteurs comme la restauration, la logistique ou l’hôtellerie. Ces travailleurs, déjà formés à des tâches manuelles, deviennent ainsi des capteurs humains pour les robots.
Cette approche soulève une question éthique et sociale : des employés enregistrent leurs gestes pour entraîner des machines qui pourraient, à terme, automatiser leur propre travail. Taiyadi Day, lui, y voit une opportunité de préserver son savoir-faire plutôt qu’une menace. « Je ne crains pas l’IA, mais je veux m’assurer que ces robots la maîtrisent aussi bien que moi », confie-t-il.
Pour l’instant, Instacore ne produit que des données brutes : des séquences de gestes humains annotés. La prochaine étape ? Les utiliser pour entraîner des modèles de contrôle de mouvement (motion control models) capables de générer des trajectoires robotiques fluides et sûres. Plusieurs startups et laboratoires, comme ceux de Figure AI ou Tesla Optimus, travaillent déjà sur des architectures hybrides combinant vision, langage et action (VLA), où un robot pourrait recevoir une instruction comme « Coupe les cheveux courts sur les côtés » et l’exécuter en temps réel.
Note de Hype-mètre : 3/5 (Innovation technique réelle, mais déploiement commercial encore lointain pour les robots coiffeurs autonomes).