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25 Août 2026Niveau : Essentiel

Humanoïdes : quand les bonds boursiers cachent des pas de tortue industriels

🎙️ Briefing Vocal IAPrêt
💡 En 3 points clés
  • Des robots de spectacle, pas encore d’outils industriels
  • La production de masse ne suffit pas à créer un marché
  • Un secteur encore subventionné par le capital-risque

La semaine dernière, Unitree a marqué les esprits en annonçant son robot « Superman », capable de courir à 12,6 mètres par seconde (45 km/h) et de sauter à 2 mètres de haut. Une performance technique impressionnante, qui a suffi à propulser l’action de l’entreprise de 500 % en une seule journée lors de son introduction en Bourse à Shanghai. Pourtant, derrière ce feu d’artifice boursier, la réalité industrielle reste bien plus modeste : selon les données du cabinet Omdia, seuls 13 000 robots humanoïdes ont été livrés dans le monde en 2025, dont plus de 5 000 par Unitree et AGIBOT. À titre de comparaison, Tesla et Figure AI, deux acteurs américains majeurs, n’ont expédié que quelques centaines d’unités chacun sur la même période. La Chine domine ainsi 85 % du marché mondial, mais cette domination quantitative ne se traduit pas encore par une domination qualitative.

Des robots de spectacle, pas encore d’outils industriels

Les vidéos virales de robots humanoïdes exécutant des chorégraphies ou des mouvements acrobatiques masquent une réalité moins glamour : ces machines restent cantonnées à des environnements ultra-contrôlés. Comme le souligne Samm Sacks, chercheuse au think tank New America, « les robots humanoïdes restent coûteux à produire, fragiles à l’utilisation et dépendants d’environnements très structurés pour fonctionner ». Leur principal défaut ? Une incapacité à généraliser leurs compétences. Wang Xuanyu, fondateur de Unitree, l’a rappelé lors du World Robot Conference : ses robots, bien que plus rapides que les humains sur certaines tâches simples, restent moins efficaces et doivent être réentraînés intégralement pour chaque nouvelle mission. « Un robot humanoïde placé dans un environnement non préparé ne peut accomplir que 20 % des tâches attendues », a-t-il déclaré, évoquant un « ChatGPT moment » encore lointain pour la robotique.

Cette limitation n’est pas anecdotique. Elle explique pourquoi, malgré des performances physiques impressionnantes, les humanoïdes peinent à trouver des débouchés commerciaux. Selon un rapport du Mercator Institute for China Studies, les cas d’usage concrets se limitent encore à des niches comme le soudage industriel (Persona AI) ou des démonstrations en milieu académique. Persona AI, par exemple, a déployé ses robots bipèdes pour automatiser le soudage dans des chantiers navals, une tâche répétitive où l’automatisation apporte une réelle valeur ajoutée. Mais même dans ce cas précis, le modèle économique reste fragile : les robots doivent être spécifiquement programmés pour chaque type de soudure, et leur robustesse en environnement industriel reste à prouver.

La production de masse ne suffit pas à créer un marché

Figure AI a récemment franchi un cap industriel en passant de 1 robot par jour à 1 robot par heure en seulement quatre mois. Une prouesse logistique, mais qui ne résout pas le problème de fond : à quoi servent ces robots une fois produits ? Comme le note Gavin Kenneally, PDG de Ghost Robotics, « moins de 10 % des ventes de Unitree concernent des déploiements commerciaux. Le reste va à des laboratoires ou à des démonstrations ». Les chiffres d’Unitree confirment cette tendance : sur les neuf premiers mois de 2025, 70 % de ses revenus provenaient de ventes à des universités et institutions de recherche, tandis que les déploiements industriels ne représentaient qu’une infime partie de son chiffre d’affaires.

Pourtant, les investisseurs continuent de miser gros sur le secteur. AI² Robotics, une startup chinoise, prépare une introduction en Bourse à Hong Kong avec une valorisation dépassant les 20 milliards de yuans (2,8 milliards de dollars). Son modèle, l’AlphaBot, combine un humanoïde à roues et un système VLA (Vision-Language-Action) propriétaire, l’Alpha Brain. L’entreprise mise sur des contrats comme celui signé avec HKC Corporation pour 1 000 robots, mais les défis techniques restent immenses. Comme le souligne Eric Guo, fondateur d’AI² Robotics, « former un robot à exécuter une palette de tâches, au-delà d’une opération unique, réclame des années de collecte de données ».

Un secteur encore subventionné par le capital-risque

Les projections de marché, comme celles de Morgan Stanley qui anticipent un marché mondial de 5 000 milliards de dollars d’ici 2050, contrastent avec la réalité actuelle. Les humanoïdes chinois, bien que moins chers que leurs concurrents américains, restent hors de prix pour une adoption massive : leur prix moyen est estimé à 46 000 dollars en 2025, un tarif qui pourrait descendre à 21 000 dollars d’ici 2050 grâce aux économies d’échelle. Mais même à ce prix, leur rentabilité reste incertaine. Unitree, malgré une valorisation record de 38 milliards de dollars après son IPO, a vu son bénéfice net chuter de plus de 52 % au premier trimestre 2026 en raison de dépenses accrues en R&D et marketing.

Les subventions publiques et l’engouement des investisseurs jouent un rôle clé dans cette dynamique. La Chine, en particulier, mise sur la robotique humanoïde pour réduire sa dépendance à la main-d’œuvre bon marché et automatiser des secteurs comme la logistique ou la construction. Mais comme le note Linda Sui, fondatrice de Smart Analytics Global, « il faudra du temps pour tester le retour sur investissement de ces robots ». Les cas d’usage à grande échelle, comme l’assemblage en usine ou le service à domicile, restent encore du domaine de la science-fiction.

Conclusion : entre acrobaties et rentabilité, le fossé persiste

Les robots humanoïdes ont indéniablement progressé en termes de performances physiques, comme en témoignent les exploits de Unitree ou les gains de productivité de Figure AI. Mais leur viabilité économique reste un mystère. Les acteurs du secteur misent sur une réduction des coûts et une amélioration des algorithmes pour franchir le cap, mais les défis technologiques et industriels sont colossaux. Comme le résume Nicolaus Radford, PDG de Persona AI, « Unitree a prouvé qu’elle pouvait vendre des robots. Elle n’a pas encore prouvé qu’elle pouvait en faire une activité durable ».

En attendant, les humanoïdes continueront de fasciner le public et les marchés, mais leur véritable révolution dépendra moins de leurs capacités acrobatiques que de leur capacité à s’intégrer dans des processus industriels ou domestiques concrets. Pour l’instant, ils restent des stars de laboratoire, pas encore des outils du quotidien.