Sharpa North : le robot humanoïde qui sert des glaces comme un pro (et sans tricher)


Imaginez : vous entrez dans un Dairy Queen, vous commandez un Blizzard (ce milkshake épais à l’Oreo qui se mange à l’envers), et c’est un robot de 2 mètres de haut, avec des bras et des mains presque humains, qui vous le prépare. Pas un automate qui fait "blip blop" en boucle, non : un vrai humanoïde, nommé North, qui a suivi une formation express en cuisine glacière.
Depuis le 29 août 2026, ce robot de Sharpa officie dans un Dairy Queen de Shanghai, sans que le restaurant n’ait eu besoin de modifier ses équipements, ses ingrédients ou ses procédures. Pas de cuillères adaptées, pas de gobelets renforcés, pas de recette réécrite : North utilise exactement ce que les employés humains utilisent. Et il enchaîne 55 gestes consécutifs pour préparer un seul Blizzard, de la prise du gobelet stérilisé à la livraison du produit final, sans une seule pause.
Préparer un Blizzard, c’est un peu comme jouer à un jeu vidéo en mode "réalisme extrême" :
Chaque étape est un casse-tête à part entière. Mais North les enchaîne toutes, sans coupure, comme si c’était une seule et même chorégraphie. Et le plus impressionnant ? 98 % de ces gestes reposent sur le toucher. Pas sur la vision seule, pas sur un algorithme magique : sur des capteurs qui mesurent en temps réel la pression des doigts, la résistance du gobelet, ou la texture de la glace.
La plupart des robots de service qu’on voit en vidéo sont des prototypes qui fonctionnent dans des conditions idéales : un environnement contrôlé, des outils adaptés, et une équipe d’ingénieurs prêts à intervenir au moindre problème. North, lui, travaille dans un restaurant en activité, avec des clients qui commandent, des employés qui passent, et des imprévus (un gobelet mal placé, une température qui change, un client qui bouscule le comptoir).
Pourtant, il tient le rythme. Selon Sharpa, il met environ 6 minutes par Blizzard, soit deux fois plus lent qu’un employé humain expérimenté. Mais il le fait sans fatigue, sans pause, et sans variation de qualité — un gage de fiabilité que même les meilleurs humains ne peuvent garantir.
North n’est pas un simple bras articulé avec des pinces. Il est équipé de Sharpa Wave, une main robotique à 22 degrés de liberté, conçue pour reproduire la dextérité humaine. Mais ce qui fait la différence, c’est son cerveau : un modèle d’IA nommé CraftNet, qui fusionne vision, langage, toucher et prédiction physique.
CraftNet est ce qu’on appelle un modèle Vision-Langage-Action (VLA) : une IA qui ne se contente pas de comprendre ou de parler, mais qui agit en fonction de ce qu’elle perçoit. Et c’est cette capacité à combiner perception, décision et exécution qui rend North si performant.
Pour Sharpa, cette expérience à Shanghai n’est pas une simple vitrine. C’est un test grandeur nature pour prouver que les robots humanoïdes peuvent devenir des employés à part entière dans des environnements réels. L’objectif ? Répliquer ce modèle dans d’autres Dairy Queen, puis dans d’autres types de restaurants, et enfin dans d’autres secteurs (hôtellerie, retail, etc.).
Mais attention : North n’est pas encore rentable. À 6 minutes par Blizzard, il ne peut pas rivaliser avec un employé humain en termes de productivité. Pourtant, ses créateurs misent sur trois leviers pour changer la donne :
1. L’amélioration de la vitesse (objectif : atteindre 3 minutes par Blizzard, comme un humain expérimenté).
2. La réduction des coûts grâce à la production en série (Sharpa évoque un prix de revient de l’ordre de 100 000 yuans à terme, soit environ 13 000 euros).
3. La réplicabilité : une fois le modèle validé pour les glaces, il suffira d’ajouter de nouveaux modules pour gérer d’autres recettes (burgers, pizzas, etc.).
Le plus dur n’est pas de faire fonctionner le robot, mais de le faire accepter. Beaucoup de restaurants refusent de modifier leurs équipements ou leurs procédures pour un robot. Sharpa a donc choisi une approche radicale : le robot s’adapte à l’environnement, pas l’inverse. North utilise les mêmes gobelets, les mêmes cuillères, les mêmes mixeurs que les employés humains — et c’est ce qui rend son déploiement possible.
Comme le résume Li Yifan, cofondateur de Sharpa : « Si on avait commencé par dire aux restaurants de tout changer pour le robot, personne n’aurait signé. Mais en prouvant qu’on peut faire fonctionner un robot dans un environnement 100 % standard, on ouvre la porte à une adoption massive. »
North dans un Dairy Queen, ce n’est pas juste une vidéo virale. C’est la preuve que les robots humanoïdes peuvent devenir des outils productifs, et pas seulement des curiosités technologiques. Bien sûr, il reste des défis (vitesse, coût, acceptation par le public), mais pour la première fois, on a un robot qui travaille dans un vrai restaurant, avec de vrais clients, et de vrais enjeux commerciaux.
Et si demain, votre serveur préféré était un humanoïde ? À Shanghai, la réponse est déjà : "Oui, et il sert des glaces à tomber."
[Hype-mètre : 4,5/5 — Une avancée majeure, mais le marché reste à conquérir.]